Synthèse : aussi nécessaire que pernicieuse

Je propose dans cette courte communication de regarder les intérêts et limites de la synthèse dans le cadre des recherches en sciences sociales, une synthèse qui peut apparaître certes nécessaire pour rendre visible les éléments-clés d’une démonstration scientifique longue et fastidieuse, mais aussi pernicieuse en ce qu’elle fait disparaître autant le temps de mûrissage que les allers-retours incessants entre théorie et terrain du travail scientifique.
Tous les manuels (ou presque) sur les dispositifs de recherche (en sciences sociales) le diront. La synthèse est indispensable. Après, par exemple, la recherche documentaire, il vous faut faire une synthèse. Après votre recueil de données il vous faut faire une synthèse. Après l’analyse de vos entretiens, il vous faut faire une synthèse. Etc.
La synthèse est devenue tellement à la mode que nous invitons maintenant les différent-e-s doctorant-e-s de toutes sciences confondues, à présenter leur thèse en trois minutes (et, de facto, à concourir). De même, tout rapport de recherche sera accompagné d’une synthèse très courte afin de faciliter la lecture des résultats en en faisant disparaître la complexité mais au risque évident de la mécompréhension.
Synthétiser 4 à 5 années d’une recherche continue, 400 à 600 pages de texte dans une capsule vidéo ou un power point en trois minutes, top chrono ! Tel est désormais le défi scientifique le plus couru. Hannah Arendt doit être rouge de confusion !
Vous l’aurez compris : dans cette courte communication, j’essaierai de montrer en quoi l’excès de synthèse appartient au registre de l’anti-pensée (scientifique) en figeant d’une part et en réduisant d’autre part, le cœur même de la pensée scientifique, soit la communication, le partage, la confrontation des idées, l’argumentation appuyée sur des faits prouvés, la capacité d’analyse critique, etc.
juin 10 @ 15:30
15:30 — 16:00 (30′)

Amphithéâtre Rondelet

CHATEL Viviane | Université de Fribourg

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